L’Azur Vert

lazur-vert Illustration of the Poem [ Artist ] Christian Hetzel

L’Azur Vert

À la réflexion, je n’ai trouvé aucune explication à l’implacable misère qui me frappe, et me terrifie !
Me terrifie jour après nuit et me consume nuit après jour.
Bien forcé  de reconnaître que cette disgrâce est d’autant plus terrible qu’elle ne s’égare pas. Qu’elle se concentre toujours sur le même point qui s’impose à mon esprit de manière incessante.
Incapable de résister, je m’abandonne au creux d’un vieux divan de velours sanguin dans une obscure et hideuse pièce de la maison devenue depuis longtemps silencieuse.
Allongé une pipe à la main, je pars pour l’invisible voyage des visions de paradis aux évocations radieuses.
J’agrandis les limites de toutes les dimensions de l’espace imaginaire où de puissantes volutes d’opium éclairent des paysages oniriques que le battement de mes paupières sans relâche efface.

Dans l’opacité de la fumée blanche qui remplace rapidement le ciel, je m’affranchis et rentre en relation sensitive et charnelle avec une énergie créatrice. Loin des plaisirs vulgaires, je touche enfin l’éternel sentiment d’abandon absolu.
Au ressenti organique indépendant de la raison, mon corps se déploie et s’ouvre sur des horizons insoupçonnés. Il m’est alors difficile d’admettre la part de rêve ou de réalité ordinaire lorsque, perfides, les baisers opiacés couvrent l’implacable misère d’un voile de volupté.

Rien n’est l’essence de l’extase autant qu’un orgasme que l’on croit permanent.

Tremble l’astre lunaire
Sur son drap pailleté
Autour de moi le ciel semble se déplacer
Au centre d’un palais broyé par la lumière.
Dans l’univers abstrait d’un esprit tourmenté
J’entrevois l’implacable misère avancer
Vers la volupté des sens désorientés
Par une absence volontaire et singulière.

Coule dans l’absolu
L’essence du sublime
Quand l’âme rejoint l’indicible plénitude
Au rythme du sang dans mes veines sous la peau.
Le parfum extatique du voyage intime
Entame le chemin de la béatitude
À travers la fumée de mon oubli ultime
Conduisant au salut d’un paisible repos.

Pareil aux mouvements invisibles de la terre nourrissant d’étranges impulsions, je parcoure le sombre décor grandissant des abysses où la lumière du soleil ne pénètre plus.

Au vent d’hiver qui accable mon existence fragile, j’ai la certitude cependant qu’il existe un lieu où les vagues d’un rivage lointain franchissent le cœur des montagnes, calment les ombres des profondeurs de la mer. Et celles d’un visage aux contours flous qui depuis ne me quitte plus et m’accompagne dans mon errance.
Et pourtant
Il est un lieu azur, au-dessus de la terre.
Un jardin d’asile vert [1]

Quand les vagues déferlent à mon chevet, leur chant poétique au charme sublime et sans conscience, m’apaise doucement à me faire chavirer. Délicieusement, m’entraîne dans la démesure où l’azur vert en moi se perd.

Rien n’est mélancolique autant que le chant du vent d’hiver en pareil instant.

Alors je suis de ceux
Dévorant l’azur vert
J’écoute le désir en chacun de tes mots.
Des fleurs, gouttes infusées d’astres lactescents,
Illuminent le creux des vagues de la mer
Et dès lors, je suis baigné par l’ardent Poème
Où la voûte céleste en silence descend
Pour imprégner les rivages devenus blêmes.

Si je mords ce fruit rouge
Posé sur ta bouche
En regardant le ciel s’abîmer dans la mer
Le voici qui ressurgit au bord d’un cours d’eau
Où le soleil se meurt dans d’infinis soupirs.
Sur les berges des rivières du temps passé
Je trouve le juste endroit du cœur qui te touche
Aux souvenirs des vagues venues t’embrasser.

Rien n’est étourdissant autant que le chant du vent d’hiver en pareil instant.
Se pourrait-il que le vent lui-même me pousse lentement vers ceux que j’aime ?
Et tes bras,
Tes bras qui m’appellent.

Aux battements des heures
Rythmant l’assaut du temps
Brillent les étoiles sur le rideau de dentelle
Des nuits passées au dépouillement d’un baiser.
À travers la forêt d’un feuillage éclatant
L’envergure de tes bras dessine la route
De l’azur vert où la fureur est apaisée
Au bruissement des feuilles que mon âme écoute.

À la réflexion
Je n’ai aucune explication à donner
À cette implacable misère qui me frappe

Cette disgrâce absolue qui me terrifie
Et chaque jour m’accable.
Alors je suis de ceux
Qui trouve le chemin
Du vieux divan sanguin.

2017 © M2L – Manache Poetry

Bulle  - Merci pour lecture

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40 réflexions sur “L’Azur Vert

  1. après avoir lu le baiser, encore un beau post vous avez vraiment une superbe écriture j’aime beaucoup egalement l’ambiance de celui ci qui m’a transporté vraiment bien bravo

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai toujours un grand plaisir à lire tes émotions en écriture, cher ami et poète. Opium..pourquoi pas si c’est pour continuer à exister et à écrire.
    Je vais à Londres pour l’exhibition London Book Fair 2017. Decides toi de publier un recueil de tes poèmes.Anita.

    Aimé par 1 personne

  3. Mon com va pas être original mais c’est vrai que c’est magnifique. Elle est classe et riche votre écriture . (Aurélien de la Suisse)

    J'aime

    • … Je pense que l’écriture est un voyage de l’esprit qui n’a pas de destination finale … Voyage dévorant les horizons comme le fait également la lecture d’un livre (ou d’un poème 🙂 ) qu’il est terriblement difficile de refermer.
      Merci pour ce commentaire. Bonne journée

      J'aime

  4. Aucun mot ne serait assez fort pour dire ce que je peux ressentir à la lecture de ce billet et poésies si belles
    Vous m’émerveillez par vos écrits et on vous suit avec plaisir
    Magnifique,triste parfois mais j ai aimé
    Amicalement et à bientôt

    J'aime

  5. « À la réflexion
    Je n’ai aucune explication à donner
    À cette implacable misère qui me frappe »… pas d’explication, juste un mot pour la nommer… Mélancolie…

    PS : je crois qu’en suivant un lien, je me suis perdue dans le dédale de ton site ! Désolée Manache !

    Aimé par 1 personne

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