Puisque Tout Passe

Puisque Tout Passe [ Artist ] © Joseph Cornell
(Détail)

Puisque Tout Passe

 

Puisque tout passe
Jusqu’à nos nuits blanches.
Se taisent à jamais les poèmes
Quand le souffle d’un ailleurs me glace.
S’arrachent les feuilles de leurs branches
Si violemment
Amèrement
Dans l’écho de nos parfaits je t’aime
Que le temps entache patiemment.

Mais de tout ceci
Je n’y puis rien.

Quand Vénus de ses lèvres ouvertes
Attise sur de lointains chemins
Les feux éperdus qui se dénudent,
Sans savoir pourquoi,
Face au froid désert des multitudes,
Les amants ici ne disent rien.

Cruelle est la misère des mains
Pour ceux qui regardent
Aveugles, l’inaccessible étoile
Qui jamais ne soulève son voile.

Dans la conque où les roses offertes
S’ouvrent aux plus belles cruautés,
Leur brasier se noie par lassitude.
Sans savoir pourquoi,
Du bas-ventre encore chaud du sud,
Leurs baisers ici ne disent rien.

Mortelle est l’éphémère beauté
Qu’une pluie blafarde
Jette en proie à l’indicible étoile
Qui jamais ne soulève son voile.

Puisque tout passe
Jusqu’au son des voix
Il m’est toujours autant difficile
Aux souvenirs vivants qui m’enlacent
De vieillir dans ce jardin sans toi
Si inégalable
Irremplaçable
Le murmure des fleurs immobiles
Rend ce lieu charmant insupportable.

Mais de tout ceci
Je n’y puis rien.

Lorsque allongé je suis dans mon lit,
Enlacé au velours de mes draps,
Vénus doucement sur ma nuit passe.
Sans savoir pourquoi,
À sa lueur je vois une impasse
Et mon cœur orphelin ne dit rien.

S’efface la douceur de tes bras
Sur ma peau hagarde
Toi qui fus l’irrésistible étoile
Qui par amour souleva son voile.

Ardemment au déclin de ma vie
L’astre du berger luit bien plus fort.
Je vole au firmament sa lumière.
Sans savoir pourquoi,
Je sais la mort comme ultime guerre
Quand le ciel vacille et puis s’éteint.

Faut-il crier encore et encore
Pour que tu regardes
S’allumer chaque nuit mon étoile
Et que l’amour puisse ôter son voile ?

Face à l’espace
Tout me semble étrange.
Je suis à l’aube de quelque chose,
D’un devenir qui me terrasse.
Suis-je celui qui a vu un ange ?
Sublime espérance
De mon enfance.
Que vienne à moi la métamorphose
Comme une ultime délivrance.

Et de tout ceci,
Je n’en pense rien.

Lorsque par ma fenêtre entr’ouverte
L’éclat de Vénus pénètre enfin
Mon âme fléchit
Et se dénude.
Sans savoir pourquoi,
Face à l’état de béatitude
Ma colère ici
Ne dit plus rien.

Et de tout ceci je n’y puis rien.
Et de tout ceci,
Je n’y puis rien.

 

2018 © ManacheP
Bulle  - Merci pour lecture

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