Lettre à Camille T.

Lettre à Camille T. [ Artist ] Angel Albarrán and Anna Cabrera

Lettre à Camille T.

 

Bon jour Camille T.

Ne soyez pas inquiète chère amie.
Ne le soyez pas.

Votre lettre vibre d’une intensité profonde et me cueille dans le silence où je suis blotti depuis un long temps. Une discrétion nécessaire et volontaire car au plus près de l’émotion personnelle qui nourrit la poésie… ma poésie et me donne l’envie de la partager. Encore.

Aujourd’hui seul, je parcours le ciel et les horizons bleus lointains pour revenir cultiver mon jardin… où le vertige de l’oiseau est si fort.
Puis,
venir m’assoir près de vous le temps d’un poème.

Alors,
ne soyez pas inquiète mon amie.

Ne le soyez pas.

La vie se passe à chercher les absences et trouver les regrets.
Mais ne sommes-nous pas toujours entre le souvenir et l’espérance ?
Entre le jardin et la forêt.

Au crépuscule du soir ou celui du matin quand tout n’est que silence, c’est à cet endroit précisément que vous me trouverez, vous mon amie inconnue dont l’inquiétude a traversé mon cœur.

Au déclin de mon existence, se pose sur moi l’ombre de mes joies évanouies et s’avance la lueur vive des jours à venir sur des sentiers clairs-obscurs  où je trouve mon bonheur dans la solitude ; où je m’élance avec ardeur dans les profondeurs des forêts verdoyantes quand les couleurs autour de moi se font violentes.

Mais il y a toujours le murmure des fleurs en bordure.

La lumière soyeuse des matins brumeux
Rend les ombres du paysage somnambules
Et laisse filtrer ces petits riens merveilleux
Qui fleurissent en lisière du crépuscule.

Cela me donne toujours autant le vertige
Et du ciel sombre, scintillent les yeux d’un ange

Dans ce décor dont les perspectives s’évasent, je me dirige impassiblement vers une place intangible (intangibilis est bien plus doux en latin, moins définitif. Ne croyez-vous pas ?)
Terrible place en vérité ! Celle qui me fut donnée à la naissance sans même en avoir conscience… moi qui, enfant, regardais le ciel croyant toute chose éternelle.

S’animent le temps d’un brouillard de circonstance
D’étranges silhouettes inhabituelles
Des points brillants en haut de page universelle
Qui nous dévoilent leur concentré d’existence.

Mais il est presque l’heure de fermer les yeux
Et de s’aventurer, naïf, vers d’autres cieux.

Croyez-moi, ma poésie brille par l’absence
De ce qu’elle célèbre : l’indicible vie.
Cette incroyable vie qui survit à nos morts.
Cet époustouflant éphémère d’où jaillit
Le mot toujours lorsque l’amour résonne encore
Jusqu’à en faire une éternelle renaissance.

Il est l’heure de reprendre, seul, mon chemin
Et de fermer, serein, la porte du jardin

À travers vos mots, il y a tant de chaleur, d’amitié… tant d’amour que mon cœur en est ému. L’œil humide j’ai relu votre lettre sans respirer.

Alors
Je suis venu m’assoir près de vous le temps d’un poème
Et celui-ci vous dit je vous aime.

Bien à vous

 

2018 © ManacheP
Bulle  - Merci pour lecture

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[ Vidéo ] Ólafur Arnalds
Epilogue

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5 réflexions sur “Lettre à Camille T.

  1. Je comprends dans votre commentaire à Camille, que vous repartez bientôt…
    Je viens donc vous souhaitez un bon et beau voyage…
    Je vous le souhaite à la hauteur de vos attentes…
    Mais surtout :  » Have fun  »….( sourire )

    P.S. Je n’ai pas commenté votre correspondance avec Camille…Par respect…
    Ce qui n’empêche pas que j’y ai trouvé tant de beautés d’émotions, de tendresse, magnifiquement
    exprimées…

    Mes amitiés
    Manoouchka

    Aimé par 1 personne

  2. Votre lettre, votre poème que vous m’adressez au regard même de vos admirateurs me bouleverse et m’amène les larmes aux yeux. Je n’ose croire que vous m’accordiez une importance dont je ne suis pas digne.

    Je vous l’avais écrit, un jour, sur votre blog – vous reconnaîtrez peut-être mon adresse mail. Vos mots résonnent en moi, ils sont ceux que j’aimerais dire et que votre talent exprime si bien. Quand je me suis inscrite sur Google+, vous avez été le premier poète dont j’ai aimé le langage et la profondeur. Ils trouvent une telle résonance en moi !

    Mais votre désespérance me crée une profonde peine. J’aimerais vous savoir heureux et non pas replié dans le silence et la solitude – et pourtant j’éprouve moi-même cette nécessité -, vous voir retrouver l’espoir. Votre tristesse paraît sereine, mais la sérénité peut conduire à l’inéluctable. Je ne voudrais surtout pas que vous suiviez le chemin d’un autre poète que j’aimais énormément et qui n’a plus pu supporter le fardeau des malheurs humains. J’ai toujours un grand chagrin de sa disparition. J’en éprouverais un aussi grand si vous vouliez suivre son chemin. Restez avec nous !
    Pour des raisons très différentes, vous serez toujours, tous deux, les poètes « à part », premiers dans mon amour de la poésie et des âmes qui s’y dévoilent un peu.
    Blottissez-vous, si cela vous est indispensable, entre l’aube et le crépuscule où vous vous apaisez, mais soyez là, toujours, pour nous ravir encore, si un jour vous le souhaitez, avec vos poèmes, vos mots qui touchent au spirituel dans la pénombre qui vous habite.

    Merci encore pour cette lettre merveilleuse et bouleversante que vous m’avez destinée et qui me restera toujours précieuse.

    Et, si vous y parvenez, ne nous laissez pas trop longtemps dans l’incertitude que procure votre silence si secret… offrez encore à ceux qui vous admirent le bonheur de vous lire.

    Aimé par 4 personnes

    • Bon Jour Camille T.

      Dans ce monde trop souvent avalé par l’individualisme, les hautes clôtures imperméables de nos jardins et tout le reste en perte d’humanité, l’attention dont vous avez fait preuve à mon égard forge mon exemple.
      Allume le flambeau de certaines valeurs qui se perdent et pour lesquelles j’ai un grand attachement.
      Alors, merci pour ce don de générosité que vous nous avez offert et c’est pourquoi j’ai tenu à rendre ma réponse public.

      Je repars bientôt mais peut-être aurais-je le temps de publier quelques mots avant mon départ.

      Bien à vous chère Camille.

      J'aime

  3. « Croyez-moi, ma poésie brille par l’absence
    De ce qu’elle célèbre : l’indicible vie.
    Cette incroyable vie qui survit à nos morts.
    Cet époustouflant éphémère d’où jaillit
    Le mot toujours lorsque l’amour résonne encore
    Jusqu’à en faire une éternelle renaissance.

    Il est l’heure de reprendre, seul, mon chemin
    Et de fermer, serein, la porte du jardin »

    Superbe !

    Aimé par 4 personnes

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